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Je ne savais pourquoi cet hélicoptère, sorti tout droit de l’écran de ma télévision diffusant l’un de ces films policiers des soirs de fatigue, ne cessait de tourner autour du pâté de maisons. Peut-être recherchait-il un criminel en série adepte des sécateurs, un fugueur réfugié tout en haut d’un saule pleureur, un violeur aveugle et bègue fétichiste de jeunes blondes bavardes (ce pourquoi il ne manquait pas de les reconnaître), un patient d’hôpital psychiatrique ayant pris la poudre d’escampette – soit dit en passant, ma porte lui aurait été grande ouverte. Plus on est de fous plus on rit, lui aurais-je dit, avant de lui demander ce qu’il pensait de mes parents empaillés, pendus au plafond ; peut-être guettait-il un règlement de compte entre hooligans unijambistes ou un trafic de prostituées hermaphrodites… Bref, la nuit fut riche en conjectures, le sommeil suspendu à la lumière de nouvelles hypothèses, et par celle, plus éblouissante, du phare de recherche qui sillonnait le sol et traversait régulièrement ma fenêtre. Au matin, le doute s’éclaircit, assombrissant brusquement mes délires d’aventures : trente-sept personnes avaient dû être évacuées, une à une, des cabines du téléphérique de la Bastille où elles étaient restées coincés trois heures durant, quelques mètres au-dessus de l’Isère. La cause : un déraillement du câble moteur.

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