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Il ne savait pas comment dépeindre ce tragique événement, ni comment donner le plus de précisions possible sans friser l’indécence. Heureusement, il n’était pas le seul dans cette galère, et voulut se décharger du fardeau descriptif sur sa collègue journaliste, qui, elle, était sur le terrain. A dire vrai, elle était même juste en face de l’immeuble qui venait de s’effondrer (probablement à cause d’une fuite de gaz), tout près des quelques victimes et de plusieurs blessés.

« Pouvez-vous nous décrire ce spectacle de ruines ? Et l’immeuble ? Qu’avez-vous désormais sous les yeux ? », demanda-t-il avec courage, depuis son autarcique et confortable studio. Rien. Plus rien. La réponse semblait on ne peut plus évidente… Pourtant, il lui fallait encore plus de détails. Le visage de la journaliste de terrain, je l’imaginais, s’accordait de plus en plus avec les façades du défunt immeuble : défait. Plus aucune voix ne sortait de ma radio : lassée et agacée par ces questions malvenues, elle avait dû décider de rendre l’antenne. Elle ne porterait pas le chapeau de l’indécence. Détailler le vide relève de la télé-réalité, non du journalisme.

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