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Je ne savais plus que j’avais conservé, dans la malle peu hermétique de dessous mon lit, infiltrée par d’inquiétants moutons et quelques autres monstres finalement apprivoisés, toutes les décorations des coupes glacées ingurgitées durant mon enfance, lors des longues, très longues, vacances estivales. Un petit papier rectangulaire, sur lequel figuraient date, lieu et parfums choisis, entourait chaque décoration : fruits en papier gaufré, ombrelles miniatures, éventails chinois, palmiers aux allures de feux d’artifices… Garder le goût, même après digestion – la manie d’accumulation était donc moins récente que je ne le pensais. Tous ces piques en bois pourront toujours servir à d’éventuelles poupées vaudou… En attendant, j’en léchais chaque extrémité, de ces dards de rappel : le goût avait bien entendu disparu, mais le venin du souvenir, lui, avait survécu. Avec douleur et délice, je m’inoculais le virus, dans l’espoir, sans doute, d’en être définitivement vaccinée. Exorcisée.

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