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Je ne savais pas que « faire un bébé lotus » consistait, pour la mère, à garder le cordon ombilical relié au nombril du bébé – le temps qu’il se dessèche et tombe de lui-même (le cordon, pas le bébé) –, et, aussi, à conserver le placenta à l’intérieur du ventre, jusqu’à ce qu’il quitte naturellement domicile, sans aucune aide extérieure, généralement au bout d’une dizaine de jours. A mi-chemin entre le foie de volaille et la caillette, certaines mères le dégustent ensuite, assaisonné ou non de persil et d’un filet d’huile d’olive ; elles affirment retrouver immédiatement la forme. Elles sont aussi convaincues d’œuvrer pour le bien-être de leur nourrisson : en préservant l’ombilic le plus longtemps possible, le bébé-rhizome récupérerait la totalité du sang dont il a besoin, et verrait son système immunitaire renforcé. Quant à la santé mentale dudit nourrisson, issu d’une mère lotophage qui prend à ce point racine dans son rôle nourricier, permettez-moi d’avoir des doutes.

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