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Je ne sais pas pourquoi la vision de cette bouche, quand je pensais m’en être finalement libérée, me fit tant de mal. Il ne s’agissait pourtant que d’une photographie, mal archivée, mais ses couleurs étaient aussi saturées qu’un baiser. Peut-être la douleur provenait-elle, moins de la bouche elle-même, que du hiatus évident entre le démonstratif et ce qu’il précédait : une bouche qui, justement, ne fut jamais, à mes yeux et sur mes lèvres, suffisamment démonstrative. De ces lèvres, parfois, étaient sortis quelques noms d’oiseaux, que je recueillais naïvement, comme s’il s’agissait de colombes. Petit à petit, l’oiseau volage défaisait le nid, me jouait des tours : prestidigitation de l’univoque amour.

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