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Il ne savait visiblement pas où m’entreposer le temps d’accueillir l’imprévu aux talons hauts, qui venait de sonner à sa porte. Il n’attendait personne ; je ne m’attendais pas à cela : me retrouver finalement cloîtrée – après multiples essais rapides et infructueux dans chaque recoin de son 22 m² (intention similaire à celle de vouloir garer sa voiture dans une place, à l’évidence trop petite, mais dont on reste persuadé du potentiel extensible) – ; cloîtrée, donc, dans une salle de bain exiguë. Reléguée, en fin de compte, au rang de ce qui nous fait honte ; claquemurée dans cette pièce dont on ferme systématiquement la porte avant l’arrivée des invités, par pudeur.

Malgré la lumière judicieusement éteinte, j’eus tout le loisir de reconnaître la brosse à dents et la fleur de douche fanées, le dentifrice « haleine ultra-fraîche » exsangue, l’odeur rance des sanitaires, la moiteur des serviettes ; celle de l’atmosphère. Parmi ces objets, je devais donc avoir ma place. Toujours est-il que cet épisode – qui ne m’a laissé d’autre choix que d’en sublimer l’humiliation – m’aura permis de tisser un lien tout particulier avec La Salle de bain de Jean-Philippe Toussaint. Quant à Faire l’amour, j’en réserve la lecture pour le jour où j’aurai vécu une expérience, elle aussi, à la hauteur du titre.

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