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Il ne savait pas pour qui voter ; vraiment, les bulletins lui tombaient des mains, et à quoi bon ramasser ce qui ne tombera pas plus bas, comme on dit. Il faut dire que le choix n’a jamais été son fort. Petit, déjà, il restait tétanisé lorsqu’il devait prendre parti pour une équipe, en cours de sport : il touchait le bois du banc, préférait de loin être remplaçant.

Installé devant son petit-déjeuner, il s’imaginait dans l’isoloir – dont il s’assurera de la vacance, comme il le faisait aux toilettes du lycée, en se baissant discrètement afin de déceler un bout d’orteil, un lacet –, et sa gorge se serrait d’avance à l’idée d’être reclus derrière ces rideaux grisâtres, comme s’il avait fauté, comme un élève turbulent mis au coin, comme s’il devait se confesser. Une fois habillé, il faillit presque se déplacer jusqu’au bureau de vote, faire son devoir de citoyen, être patriote, tout ça, mais, grand bien lui fasse, à la dernière minute, il se raisonna : quelle idée d’aller au bureau un dimanche ! On n’est pas au goulag que je sache, mais au pays des Droits de l’Homme ! Et puis, avait-il, une fois seulement, pris la peine de voter pour son candidat de télé-crochet préféré ? Non, et pourtant, il a toujours gagné ! Il s’installa donc, finalement, sur le canapé avec Tombola (son chien), et à eux les pronostics ! Que de suspens !

(Il n’est pas exclu qu’il ait rapidement changé de chaîne pour un film policier, un vrai, parce que, vraiment, tous ces politiques lui tombaient des mains, et comme on dit, à quoi bon… Libre à lui : la plume de l’écrivain ne fera jamais office de télécommande.)

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