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Je ne savais pas que 2016 avait été désignée comme Année Internationale des légumineuses par la 68ème Assemblée Générale des Nations Unies. Dans un premier temps, j’en fus amusée, puis, relativement interloquée : après les trop nombreuses pétarades meurtrières de l’année précédente, 2016 devait-elle véritablement débuter sous le signe d’une plante dont les cosses produisent tant de gaz ? Le caractère trivial des flatuosités, humaines jusqu’au profane, les rendraient-elles sciemment fraternitaires ?

Face à la cocasserie de la situation, une petite rétrospective me semblait tout de même nécessaire. Malgré mon goût certain pour le disparate, j’étais forcée de me demander si, après les grands concepts tels que la paix et l’éducation, l’on retournait à la terre dans un souci purement écologique ou, simplement, pour faire l’autruche, la tête ensevelie sous un engrais désespérément stérile. Je ne crois pas que la légumineuse – qui a tout mon respect – soit particulièrement représentative du climat actuel ; enfin, elle pèse lourd sur l’estomac et l’on a suffisamment d’événements à digérer…

Après lecture attentive, je peux néanmoins affirmer que la liste des années internationales est, en son entier, d’une sidérante poésie, d’autant plus attachante qu’elle semble s’ignorer tout à fait. Une liste comportant un intrus devient, dès lors, un geste artistique ; voyez plutôt : étrangement implantée entre l’année de la commémoration de la lutte contre l’esclavage et celle de la désertification, se trouve l’année internationale du microcrédit. Totalement, délicieusement, incongru ! En tant qu’ancienne élève linguiste, un brin obsessionnelle, je ne pouvais qu’être séduite, pour ne pas dire électrisée, par un tel objet d’étude, son anarchisme burlesque, sa truculente diversité. Rendez-vous donc compte : en 1948, l’Assemblée Générale des Nations Unies adoptait la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme ; soixante-huit ans plus tard, elle accouchait d’un  pet ! Après les notions ambitieuses et les doux idéaux – les années dédiées à la femme, à l’alphabétisation et à la lutte contre l’apartheid, pour ne citer qu’elles –, d’un geste carnavalesque, le souffle de l’esprit bien placé cède justement la place à de petites ventosités. Alors, entre en scène un petit pois qui n’est pas chiche de faire la guerre, qui préfère au frère d’arme l’amateur de couscous, de cassoulet, de houmous ; le bon compagnon : celui avec qui partager le pain, et, rajouterais-je, sa tellurique condition.

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