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Je ne savais pas que le mâle alpha désignait un homme charmeur, confiant, dominateur ; un homme qui mène bien sa barque, et parfois sa conquête, en bateau (yacht de préférence), ou à la baguette (ce qui, dit-on, raffermit les chairs). J’ai, pour ma part, côtoyé beaucoup de mâles lambda et bêta ; des alpha, oui, parfois, mais cela m’a vite lassée. Il faut dire que je fuis tout ce qui ressemble de près ou de loin à un roc ; ce qui est lisse, lourd, d’aplomb. La résilience me séduit davantage que l’assurance, souvent mal placée en matière de virilité.

En zoologie, le loup alpha est le seul à se reproduire et n’est donc jamais dissocié de la femelle alpha – la Féministe Castratrice en serait l’équivalent anthropologique, à moins que ce ne fût la Mère Poule ; deux versants d’un même matriarcat. Ensemble, ils forment au sein de la meute le couple souverain ; celui qui se retrouve le premier face au danger, qui prend les décisions et la plus grosse partie des vivres. A l’inverse, le loup oméga est relégué martyr : sa position dans le rang lui impose aussi d’être le premier face à la menace (mais, de dos, lui), de se contenter des restes et d’éponger les tensions présentes en amont. Ultime domino de la chaîne, papier buvard à cran et à crocs, l’oméga semble maudit, contrairement à l’élu alpha. Mais, si je m’autorise à paraphraser Saint Matthieu – que je félicite d’ailleurs pour la pérennité du chiasme –, les derniers sont les premiers et les premiers sont les derniers. (Puisque l’effet de miroir m’intéresse davantage que l’effet de foule, je ferai l’impasse sur les loups du milieu, mais j’admets qu’ils ont le mérite d’exister, à l’instar d’un contenu entre parenthèses.)

Celui que j’apprivoise est l’envers et l’endroit, l’Omégalpha. J’aime avec un grand Ô, vocatif et volubile. Sa bouche ouverte. Oui, aisément je tourne autour. Un amour saxifrage. Alternance d’un papier-caillou-ciseaux et d’une révérence ; nul besoin de choisir en matière de démence. Tout n’est que prétexte à la chasse et à la lune. J’écris avec des griffes et ne vis plus que pour la mort sûre de ce qui nous sépare. Il ne s’appelle pas Matthieu et, Dieu soit loué, ce n’est pas – pas seulement – un saint. A lui seul, il est la meute toute entière, celle qui tombe volontairement dans mes synesthésiques pièges, celle que je libère puis qui se venge. Je le souhaite. Je le souhaite toujours dans mes pattes et sous mes jupes, parce qu’il est le seul sol fiable. Je ne marcherai d’ailleurs plus que sur ses tissus et dans ses traces. Enfin, je me dépasse.

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