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Je ne savais pas que Jean-Luc Godard disait d’Anne Wiazemsky qu’elle était un animal-fleur. Je l’ai immédiatement retranscrit, au crayon de papier, dans mon carnet de pensées tant sauvages que déflorées. Lui ne faisait référence à aucun animal, à aucune fleur, en particulier ; il évoquait seulement leurs essences respectives, la faune et la flore d’une beauté ne se lassant pas d’être capturée, puis délivrée. « La beauté devrait appartenir à tous ceux qui savent la voir », aurait dit Godard ; un comble pour celui qui, à cette époque, parmi la foule de mai 68, ne cessait de casser ses emblématiques lunettes ! Je dirais, pour ma part, que la beauté n’appartient pas plus à celui qui la voit qu’elle ne s’appartient elle-même ; ce pourquoi elle est belle.

Je venais de la rencontrer, Anne. J’étais plongée dans ses livres et sa mémoire depuis plusieurs semaines – cohabitation soudaine, fusionnelle rencontre –, et, déjà, sans préavis, l’on m’annonce son départ. On aurait tout de même pu attendre la fin de l’histoire, tourner ensemble la dernière page… cette page que mon index ne se lasse pas de caresser tout au long de la lecture, comme si, inconsciemment, j’apprivoisais déjà l’idée qu’elle puisse finir. Typographiquement, du moins. Après tout, les livres sont entamés pour qu’ils nous poursuivent.

Les gens que j’aime ont mon âge, affirmait Anne. Alors, finalement, tu n’as que vingt-sept ans, et moi, je suis hors du temps.

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