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Je ne savais pas que février était un mois de purification. Vu sous l’angle étymologique, il serait donc plein de bonnes intentions. Seulement, j’ai déjà épousé un autre point de vue, un peu moins optimiste ; celui du calendrier révolutionnaire, où les quelques jours de notre mois le plus court se répartissent entre pluviôse et ventôse. Vent, pluie, je n’ose… Pour l’heure, entre deux eaux, je fais la planche, attends le renouveau. Et que se referme la mer dont je suis la plaie.

Februare, purifier, donc. J’ai songé à la sauge, pour l’appartement ; à la carafe filtrante pour l’eau du robinet ; à l’argile rose afin d’oxygéner le visage en douceur ; au sel gris pour le corps et ses callosités ; enfin, menthe poivrée, romarin et radis noir aideront à épurer le foie. L’assainissement de certaines pensées indésirables, en revanche, n’est pas chose aisée. Hautement comédogènes, elles s’encrassent davantage sous nos doigts qui les triturent. A l’origine, pourtant, il ne s’agit que de toutes petites grenouilles se voulant faire aussi grosses qu’un bœuf ; mais on les défie, on se réjouit, même, de les voir à ce point gonfler — bientôt mûres pour la punition, bientôt la crevaison… Il faut dire qu’elles ne se laissent pas attraper facilement, rebondissent de tous les côtés, excellent en dérobade… N’importe quel abcès, furoncle, panaris ou chalazion serait plus facile à percer ! Mieux vaut donc avoir un certain sens de l’acharnement face à ces bêtes-là – à l’idée que l’on s’en fait, surtout.

Ces boutons de pensées, s’ils échappent à l’entendement, et même au tire-comédon, finiront par s’extirper, comme un point noir entre deux ongles fraîchement limés ; mais non sans laisser la trace de deux encoches rouges, encadrant l’ombre au tableau qu’on regardait de trop près. Ce que l’on voulait voir, sinon disparaître, du moins rétrécir, n’aura fait que déteindre sur le reste.

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