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Ils ne savaient pas quoi faire de ce surprenant butin : une planche de la chronique de Nuremberg de 1496 décrivant la chute d’Ensisheim ; un dessin inédit de Théodore Monod ; une édition originale des Aventures de Tintin et une autre des Voyages extraordinaires de Jules Verne ; quatre tableaux de l’artiste contemporain RAF ; la coupe d’un arbre, témoin de l’événement de la Toungouska – l’explosion d’un corps céleste aux conséquences inouïes, qui a notamment détruit une partie de la forêt sibérienne, en 1908 ; enfin, plusieurs dizaines de météorites, dont un précieux échantillon de la chondrite que Madame Comette (la fameuse) avait reçue sur le toit de sa maison, et que le minéralogiste Alain Carion s’était chargé d’expertiser. Non, vraiment, ça ne se passait pas comme prévu ! Le ciel leur tombait sur la tête, déjà recouverte d’une inesthétique cagoule.

En de pareilles circonstances, je constate, non sans plaisir, que les malfrats donnaient raison à la langue française : ils avaient mal fait. Ainsi avaient-ils agressé la mauvaise personne, non le marchand d’or et de pierres précieuses, mais le passionné de cailloux extraterrestres, j’ai nommé Monsieur Carion. Lequel, pour son malheur, avait la même voiture que la cible escomptée. Les quatre lascars avaient pourtant appliqué le plan à la lettre : attendre sagement, dans la berline noire, la fin du grand salon des minéraux. Suivre le gemmologue, une fois installé dans sa voiture. L’intercepter pendant son trajet et l’éjecter du véhicule à l’aide d’un pied-de-biche, et de beaucoup de sang froid. Pour finir, piller le coffre, récupérer l’or, vérifier la boîte à gants (on faisait ça dans les films du vendredi soir) et, le tout, sans laisser de traces ! Mais voilà qu’ils se retrouvaient avec quelques cailloux tout noirs, et d’autres objets non identifiés, mais nulle pierre de toutes les couleurs comme ils le voulaient. Adieu veau, vache, cochon, couvée… ils repartirent le cœur lourd, les bras légers. Adieu, aussi, les traces d’ADN : déçus mais pas fous, ils mirent le feu à la voiture et à son décevant contenu. En une heure à peine, tout avait brûlé. Arrivé sur place, le minéralogiste ne put que constater le désastre mais, puisqu’un chasseur de météorites jamais ne maudit le ciel, il leva simplement les bras dans sa direction, soucieux d’amortir la chute de ce qui pourrait en tomber.

— Fumée dans l’atmosphère, métempsychose des pierres…

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