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Printemps : première saison de l’année, située entre l’hiver et l’été, caractérisée par des jours plus longs, une température plus douce, une végétation renaissante.

Des jours plus longs : assurément. Je confirme in extenso, ne manque ni de preuves, ni d’occasions pour les contredire. À l’heure actuelle, je ne peux en revanche vérifier les autres caractéristiques. Depuis 75 heures et trois collations, j’avoue ne plus quitter la robe de chambre thermorégulatrice de ma grand-mère (que je ne dois plus approcher afin d’éviter tout risque de contamination, ce à quoi j’ai déjà pu m’acclimater depuis sa mort) ; quant à la végétation, il faut dire qu’elle reverdit bien peu à travers mes fenêtres encrassées, et ces dernières, je le présage, resteront en l’état jusqu’à la fin du confinement, malgré tout le temps dont je dispose. Le nez contre la vitre, et contre toute attente, j’ai fini par m’habituer à son opacité, ce filtre moucheté : il ajoute comme un bruit à l’image. (Je m’entends même pleurnicher, c’est dire comme le silence règne dehors !)

Cette renaissance de saison, je ne la distingue pas plus à travers l’œil-de-bœuf engourdi de mes toilettes. (En montant sur le rebord, pour l’atteindre, j’ai fait tomber mes lunettes dans la cuvette, et puis l’abattant s’est fendu : me voilà de fond en comble abattue.)

Décidément, ce vingt mars ne semble pas toucher pas terre — ce qui pourrait expliquer le fait que je n’arpente plus d’autre territoire que celui de mon parquet flottant. Les oiseaux, eux, s’empressent de faire leur nid. J’entends leur enthousiasme depuis ma propre tanière, juchée au deuxième. J’ai soudain l’envie de faire mon lit, afin de pouvoir ensuite le défaire comme si j’en étais sortie.

Le linge ne cache pas sa joie de sécher enfin à l’air libre, et en un rien de temps. Il ne connaît pas l’ennui. Cependant, des idées saugrenues commencent à surgir dans ma tête — jusqu’à présent, elle a pourtant su rester à une distance raisonnable des murs : je deviens une pince à linge qui garde le rythme sous la brise, voire même une petite culotte en coton qui se dandine, ou mieux encore ! un grand drap en percale qui tire la langue et caresse l’étage inférieur. Je quitte là ces rêveries quand mes yeux couinent : un premier pollen se sera frayé un chemin jusqu’à mon intérieur.

Au printemps, par-dessus tout, on s’attache à vivre les fenêtres ouvertes. Il se trouve que cette définition, en de pareilles circonstances, va comme un gant au confinement.

(Un gant, bien sûr ! je suis un gant, oublié dans la poche d’un manteau, le malheureux, désormais asphyxié dans sa housse sous-vide !)

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