291

J’ai besoin – ou juste envie, comment savoir – d’aller quelque part. D’aller là où ça ne me regarde pas. D’aller là où je ne m’appartiens plus. Dans un lieu qui ne m’appartient pas, un lieu qui n’est vraiment pas mon affaire. Un lieu qui ne me dit rien qui vaille, qui ne répond d’aucun drame. Où l’on fait en sorte que ça aille.

Un lieu où je m’autorise, un lieu où je n’obtempère. Où l’on se fait servir. Où, moins qu’ailleurs, l’on se dessert. Un lieu où l’on n’a qu’à bien se tenir ! Où l’on garde ses chaussures, un œil sur ses affaires. Où l’on entre sans prescriptions ni ordonnances, avec juste ce qu’il faut de contenance.

Un lieu où se retrouver devant un verre, où la table est bancale, où ça nous est bien égal. Oui, un lieu où perdre les pédales, ses papiers, quelques pièces : quelle aventure. Un endroit sans épilogue, où tout bascule. Où le pilier de bar, s’il tombe à la renverse, peut aussi nous faire tenir debout. Où l’ivresse amène ailleurs, où la sobriété ramène plus tard.

Un lieu de vie virale, où l’entrain se transmet, où l’émotion circule. Où l’on piétine avec plaisir comme le dialogue vaut la promenade. Où, bien entendu, l’on finit par défaire ses chaussures. Un lieu d’habitués et d’anonymes, où ceux qui m’indiffèrent me rapprochent de ceux qui m’accompagnent.

Un lieu « reste où tu es, j’arrive ».

Un lieu « prends ton temps, je ne suis pas encore parti ».

Un lieu qui dit « rejoins-moi ici ».

Un de ces lieux où la vie n’attend pas, où l’on sait qu’elle nous précède, qu’elle nous survivra.

J’aurais besoin de ça.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.